07.07.15 

Jour 12

Débat-conférence sur les enjeux de la conservation aujourd'hui 

Nous rentrons au camp et après le déjeuner, nous assistons à un débat-conférence sur la conservation effectué par Helena Fitchat, copropriétaire de la réserve Wild at Tuli et docteur en biologie. Cela fait plus de 30 ans qu’elle vit et travaille en Afrique dans la conservation de la faune. Elle a notamment travaillé une dizaine d’années en tant que directeur du CROW, un centre de réhabilitation de la faune sauvage, chargé de récupérer des animaux blessés, ou issus du braconnage, etc et de les soigner, et si possible les réintroduire dans leur milieu naturel.

 

 


Helena est une femme très intéressante et c’est un vrai plaisir de l’écouter. Elle nous présente les grands enjeux de la conservation de la faune aujourd’hui, des problèmes de pollution, de surpopulation, du commerce illégal d’animaux de compagnie, du braconnage…

Helena commence par nous dresser un portait que l’on connait tous bien aujourd’hui… Les problèmes de pollution et de surpopulation menace notre planète et bien que les problèmes de pollution soient souvent évoqués aujourd’hui dans les médias et que des mesures sont (soi-disant) prises, celui de la surpopulation est beaucoup moins évoqué car plus controversé. Si (à peu près) tout le monde approuve l’idée de réduction de la pollution, celle de devoir limiter les naissances par exemple est beaucoup moins appréciée et reste un sujet un peu tabou. 

 

 

 


Comme dit Helena, c’est à notre génération de prendre les choses en main, de changer notre mode de vie, de consommation pour préserver au mieux les ressources et de trouver une solution au problème de la surpopulation. Car, même si idéalement nous réussissons à tous faire des efforts pour diminuer la pollution, la terre n’est pas extensible et les efforts seront vains si nous devenus trop nombreux…

Après avoir évoqué ces thèmes plutôt généraux, Helena évoque les problèmes plus spécifiques de l’Afrique et de la conservation de sa faune, objet de notre volontarisme.

En Afrique (mais comme partout dans le monde), les animaux sont menacés par l’extension des terres cultivées et des habitations due à l’augmentation exponentielle de la population mais aussi par le braconnage. Il y a bien sûr le braconnage qui consiste à tuer les animaux pour récupérer certaines parties de leur corps. Par exemple, les cornes de rhinocéros sont très recherchées et demandées sur le marché asiatique car elles auraient soi-disant des vertus médicinales exceptionnelles, dont celle de pouvoir guérir le cancer. Les défenses d’éléphants pour l’ivoire, les peaux de lion, de léopard sont aussi très prisées. Comme nous avons pu le constater l’autre jour lors de notre après-midi anti-poaching, le braconnage touche également de nombreuses espèces d’herbivores, chassées pour leur viande.

 

 

 


Mais en plus de ce braconnage « d’animaux morts », il en existe aussi un autre type qui consiste à se procurer des animaux sauvages vivants pour les revendre en tant qu’animaux de compagnie notamment sur le marché européen, américain et asiatique. Ce commerce illégal d’animaux sauvages est une véritable catastrophe et concerne des millions et des millions d’animaux, bien plus que l’on ne pourrait penser… Du petit poisson coloré que l’on trouve dans toutes les animaleries aux bébés lions que l’on peut acheter sur internet, aucun animal un peu exotique n’y échappe et ce commerce est tel qu’il est devenu plus lucratif que celui de la drogue…

 

 

Chaque année, des millions d’animaux sont exportés depuis l’Afrique à travers le monde, mais la plupart meure pendant le transport. L’exemple le plus parlant est celui des bébés perroquets et bébés tortues dont plus de 90% meurent durant le trajet mais la vente des 10% restant est si rentable que cela ne pose pas de problème. Plus que ceux qui braconnent et revendent ces animaux, ce sont ceux qui les achètent qui sont les véritables coupables et entretiennent ce commerce affreux. « Que ce perroquet est-il beau ! » se dit-on en entrant dans une animalerie ou encore « Et si on prenait une petite tortue pour les enfants ? »… Alors les gens achètent, n’ayant le plus souvent aucune connaissance de l’animal et de ses besoins, et ne se rendant pas compte des conséquences futures de leurs achats. Une tortue comme un perroquet vit plus de 70 ans, et il est bien rare de trouver des propriétaires qui les gardent aussi longtemps. 

 

 

 

De plus, le changement de climat pour ces animaux qui viennent en général de régions chaudes et sèches ainsi que les mauvais soins qui leur sont apportés (car comme dit plus haut, les gens connaissent en général très mal ces animaux) font que les animaux importés meurent en moyenne à l’âge de 2 ans à peine. Et que dire de ceux qui sont relâchés dans la nature ? Le cas qui illustre le mieux ce problème est celui des tortues de Floride qui depuis leur commercialisation en tant qu’animaux de compagnie en France ont envahi nos rivières et menacent la faune locale.

Comme on peut le voir, les problèmes sont nombreux, et les exemples donnés sont loin d’être exhaustifs…

Helena pense que ce ne sont pas les Africains qui braconnent qui sont réellement à blâmer mais ceux qui achètent et entretiennent par là-même ce commerce illégal des animaux sauvages, qu’ils soient morts ou vivants. Les africains qui braconnent ne le font souvent pas par plaisir mais simplement pour gagner leur vie car la pauvreté reste un problème majeur… Au Botswana, le principal problème est qu’il n’y a pas de travail et la plupart des jeunes – qui constituent une part majeure de la population – ne trouvent pas d’emplois. Helena affirme également –contrairement à ce qu’on a l’habitude d’entendre - que l’éducation ne pose pas de problème : les jeunes botswanais reçoivent une éducation mais celle-ci est bien souvent inutile car il n’y a pas de travail et ils terminent gardiens de chèvre, toutes les promesses d’un avenir meilleur grâce à une éducation anéanties…

Helena évoque un dernier point, celui des « Fermes d’animaux sauvages » où les touristes peuvent se rendre pour caresser et nourrir des bébés lions par exemple… Dans ce genre d’établissement, les lionceaux sont maintenus dans de mauvaises conditions la plupart du temps et au fur et à mesure qu’ils grandissent, on leur administre de plus en plus de drogues pour qu’ils « soient calmes » lorsque les touristes veulent les approcher.  Une fois adulte, les lions sont revendus à des réserves de chasse où de riches personnages en quête d’aventure payent pour partir à la chasse au lion et pouvoir ramener sa peau en trophée.  Le lion est relâché dans la réserve où il est laissé pendant une semaine, le temps qu’il soit affamé (car ayant vécu toute sa vie ne captivité, il ne sait pas se débrouiller seul dans la nature). Le jour de la chasse, le guides emmènent les touristes jusqu’au lion. La plupart du temps, le lion, lorsqu’il entend le bruit de la voiture, accoure vers elle car, ayant été élevé en captivité, voiture=homme=distribution de nourriture. Les guides disent alors au touriste que le lion est féroce et veut les attaquer et le touriste tire, croyant faire preuve d’un grand courage. Et comme le touriste-chasseur veut pouvoir ramener une belle peau de lion en trophée, et qu’il ne veut pas qu’il y est d’impacts de balle visible sur cette peau, il tire dans le ventre, ce qui est bien plus douloureux pour le lion,  ce coup n’étant jamais fatal et il faut souvent plusieurs coup de feu et attendre que le lion se vide de son sang pour qu’il meure… En tout, un lionceau, élevé pour les touristes puis vendu pour la chasse, rapporte entre 500 000 et 1 000 000 de dollars à son propriétaire. Le message est clair : il ne faut pas, en tant que touristes, participer à ces attractions (même s’il est très tentant de nourrir un bébé lion au biberon !). Les lions ne sont pas les seuls concernés, et j’ai moi-même participer à ce genre de commerce, ce que je regrette énormément aujourd’hui, en faisant par exemple une balade à dos d’éléphants en Asie… Derrière ces éléphants bien dressés, il y a souvent tout un tas de maltraitances et aujourd’hui si c’était à refaire, je refuserais. 

 

 

 

 

Voilà les grandes idées du discours d’Helena qui donne une image très pessimiste mais réaliste de la situation d’aujourd’hui. Selon les scientifiques, nous n’avons que 20 ans pour changer les choses, délai au-delà duquel, il sera trop tard pour sauver quoi que ce soit… Car malgré  ce discours qui semble uniquement pessimiste, Helena pense aussi que la génération des jeunes d’aujourd’hui est capable de changer les choses… Les prochaines années nous diront ce qu’il en est…

Cet après-midi se termine autour d’un bon thé chaud, nous laissant tous pensifs devant cette situation. Pour ma part, je me sens à la fois impuissante, déprimée mais aussi révoltée, et éprouve l’envie d’agir, de faire quelque chose avant que cela ne soit trop tard.

Une nuit de réflexion nous attend tous au camp…

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