29.06.15 

Jour 4

6h30 : Le réveil sonne, c’est l’heure de se lever ! Le camp est encore plongé dans la pénombre et on commence doucement à entendre des crissements, quelques paroles étouffées, le zip de la fermeture éclair d’une tente qui s’ouvre, des bruits de pas et la lumière qui s’allume dans la salle de bain commune… Le camp s’éveille tranquillement. Le plus dur est de sortir de son duvet car à cette heure matinale, il fait encore froid !

Chacun rejoint ensuite le grand salon où l’on peut prendre son petit-déjeuner. De grandes théières ont déjà été mises à chauffer sur les plaques pour les thés et cafés qui vont nous réchauffer en cette froide matinée…

Nous découvrons sur le tableau blanc accroché près de la cuisine les activités qui nous attendent aujourd’hui. Pour mon groupe (nous sommes divisés en deux groupes), ce sera « Spoor ID » dans la matinée puis « Workshop » dans l’après-midi.

Chaque journée est organisée ainsi : une activité le matin de 7h30 à 11h environ, pause-déjeuner, puis une autre activité de 14h30 à 17h/17h30 environ, avec des horaires plus ou moins variables selon les activités.
Chaque soir, nos « superviseurs » marquent les activités du lendemain sur le tableau.

Spoor ID (Identification d'empreintes)

A 7h30, nous sommes prêts et Elsa, guide de la réserve et qui sera notre « superviseur » pendant ces deux semaines, nous amène au niveau du waterhole (« le trou d’eau » en français, mais ça fait plus classe en anglais).

A cette première halte, nous commençons notre initiation au Spoor ID (ID pour Identification) :  spoor signifie « empreinte » en anglais et comme vous l’aurez compris, le Spoor ID consiste donc à identifier les traces des animaux. Nous commençons à prospecter autour du waterhole, qui est un lieu de passage privilégié car les animaux viennent s’y abreuver fréquemment (notamment car nous sommes en saison sèche, il y a peu d’eau disponible). A l’aide de livres d’identification et d’Elsa, nous apprenons à reconnaître certaines traces. Nous repérons des traces de Léopard, de Hyène brune, de Hyène tachetée, d’Impalas, de Grands Koudous, Zèbres, Civette… Je suis chargée de prendre en note chaque trace que l’on a identifiée, et pour chacune d’elle il faut indiquer l’espèce, la situation GPS, la taille (longueur, largeur). Ces données permettent de mieux connaître la faune de la réserve Wild at Tuli et permettent ensuite d’établir des plans de conservation et d’améliorer la gestion de la faune naturelle. 

Lors du Spoor ID, nous ne nous intéressons pas seulement aux empreintes dans le sol, mais également aux excréments, qui sont des bons indicateurs de la faune présente.

Que nous disent les crottes des animaux ?

Pleins de choses ! D’accord, ce n’est pas très vendeur comme titre mais c’est pourtant très intéressant si on s’y penche quelques minutes. En effet, les excréments sont très utiles dans l’étude de la faune et permettent d’en savoir plus sur le régime alimentaire et le mode de vie des animaux…

Prenons par exemple un des excréments les plus facilement reconnaissable : les excréments de hyènes, qui ont une couleur blanchâtre. Pourquoi une telle couleur ? C’est parce que les hyènes mangent des carcasses et sont capables de broyer et digérer les os. Leur système digestif est l’un des plus performants de la planète. Les os sont entièrement dégradés lors de la digestion et c’est le calcium issu des os avalés qui donne cette couleur blanche aux excréments de hyènes…

Les ruminants comme les impalas, les koudous, les gnous ont un système digestif particulier qui fonctionne avec plusieurs poches stomacales (ou « plusieurs estomacs » en quelque sorte) et remastication de la nourriture. Un ruminant ingère une première fois la nourriture qui va dans une première poche de l’estomac, puis la nourriture remonte jusque dans la bouche où elle est à nouveau mastiquée (la rumination) puis après la rumination, la nourriture est envoyée dans une seconde poche de l’estomac  (c’est une description très simpliste). Il en résulte  que la nourriture est très bien digérée, les excréments seront donc très compacts, durs et sans morceaux contrairement aux autres herbivores qui ne sont pas des ruminants.

Parmi ces autres herbivores non ruminants, on peut compter par exemple le zèbre et l’éléphant. Ces deux-là sont pourvus d’un système digestif peu performant (surtout l’éléphant) et leurs excréments reflètent cette mauvaise digestion car ils sont peu compact et remplis de morceaux (on retrouve carrément des morceaux de bois et des cailloux dans les excréments d’éléphants !)

D’autres animaux comme les Lièvres des buissons (les lièvres en général d’ailleurs), ont développé un autre système pour améliorer leur digestion : ils remangent leurs excréments pour pouvoir extraire un maximum de nutriments de ceux-ci, et notamment la cellulose.

Nous faisons des arrêts à plusieurs endroits pour continuer nos recherches d’empreintes d’animaux et nous découvrons peu à peu les paysages de la réserve. 

Contrairement à ce que l’on peut penser, Wild at Tuli ne présente pas vraiment de paysage de type « savane » comme on le voit si souvent dans les reportages sur l’Afrique à la télévision, mais est surtout constitué de bush.  Le bush désigne un paysage africain avec une densité végétale beaucoup plus dense que la savane. En effet, à Wild at Tuli, le sol rougeâtre est recouvert de nombreux arbres  mais cette végétation reste plus éparse que nos forêts européennes, et assez basse. L’arbre que l’on trouve principalement est le Mopani, facilement reconnaissable grâce à ses feuilles en forme de papillon aux ailes grandes ouvertes.

On peut aussi trouver dans la réserve un autre type de paysage très caractéristique : les kopje (prononcé kopi). Ce terme d’origine afrikaans désigne un monticule formé de gros rochers arrondis qui s’élève au milieu de la plaine.

Et pour mieux découvrir ces kopje, nous décidons d’en escalader un ou deux, ce qui nous offre une vue splendide et dégagée sur toute la plaine.

D’où viennent les kopje ?

Voici l’explication géologique, très simplifiée, de la formation des kopje.
Il y a fort longtemps, une éruption volcanique eut lieu au niveau de l’actuel Botswana. Le volcan projeta de nombreuses roches qui recouvrirent entièrement la région. Ce volcan projeta principalement deux types de pierres, des pierres « dures » et des pierres « molles », c’est-à-dire beaucoup plus friables. Au cours de ces derniers millions d’années, les pierres « molles » ont été entièrement érodées, tandis que les pierres « dures » ont moins été touchées par le phénomène d’érosion, et ce sont ces pierres qui forment les actuels kopje.

Les kopje offrent de magnifiques panoramas et sont également l’habitat principal des Damans des Rochers (Procavia capensis), un petit mammifère qui ressemble à une grosse marmotte sans queue. 

En redescendant des kopje, Elsa veut nous faire participer à un jeu : il s’agit d’un concours de crachat de crottins d’impalas… Chacun met un petit crottin dans sa bouche et doit le cracher le plus loin possible. Cela parait peut paraître assez déplaisant mais comme dit plus haut, les ruminants ont un bon système digestif et leurs excréments sont très durs, comme des noyaux de pêche donc ce n’est pas si dégoûtant que ça en a l’air !

Nous rentrons au camp vers 11h et déjeunons à 11h30 (va falloir que je m’habitue à ces horaires !). Nous faisons la rencontre de Jane, la cuisinière du camp, qui nous prépare des plats réellement succulents ! On ne va pas mourir de faim pendant ces deux semaines…

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