24.07.13 

Jour 13

LES MINORITES DU CAMBODGE 

Kachon, un village de l’ethnie Tampuon

Nous quittons ce village de l’ethnie Kreung où nous n’avons croisé aucun habitant malheureusement et prenons un bateau pour rejoindre en amont de la rivière un village d’une autre ethnie, les Tampuon. Ce village est nommé Kachon et n’est actuellement peuplé que de 97 habitants (au moment où nous l’avons visité en tout cas !) 

 

 

Après 45 minutes de navigation, nous arrivons au village. Sur les rives, deux femmes du village creusent de larges trous dans l’argile meuble qui borde la rivière : elles y puisent de l’eau à l’aide de calebasses séchées. Les villageois mangent la chair des calebasses puis font sécher leur coque : certaines coques sont laissées entières et servent de gourde tandis que sur d’autres, on pratique une ouverture dans la partie la plus renflée pour en faire une sorte de grosse louche, servant à creuser et puiser l’eau.  

Mais alors pourquoi s’embêter à chercher l’eau sous terre alors que l’eau de la rivière est si proche ? En effet, les villageois évitent de boire directement l’eau de la rivière car ces dernières années plusieurs villageois sont décédés suite à une maladie véhiculée par l’eau de la rivière, sûrement due à la pollution croissante des cours d’eau au Cambodge.  L’eau qui se trouve sous terre près des rives est de meilleure qualité et plus pure, d’où la tâche harassante qui incombe aux femmes du village de venir creuser puis puiser l’eau chaque matin.

Nous entrons dans le village où de petites habitations en bois se dressent sur leurs fins pilotis. Le sol du village est très boueux, à cause bien sûr de toutes les pluies, et on comprend donc bien l’utilité des pilotis qui permettent aux habitants de rester au secs (et surtout les protègent des crues de la rivière) !
Il n’y a pas beaucoup de monde dans le village car la plupart sont partis travailler dans les champs.

 

 

Une vie dure et rudimentaire

La vie des Tampuon – et des autres minorités du Ratanakari en général- est difficile et très rudimentaire : pas d’eau courante, pas d’électricité,… Tous les jours les villageois doivent aller travailler dans les rizières, piquer, semer et récolter le riz sur lequel se base leur alimentation,… La vie est d’ailleurs particulièrement dure pour les femmes, et ce sont elles qui ont accomplissent le plus de tâches : en plus de travailler aux champs comme les hommes, elles doivent s’occuper des enfants, faire la cuisine, piler le riz, aller puiser l’eau sur les rives,… 

En nous promenant dans le village, cette différence entre hommes et femmes était assez frappante : toutes les jeunes filles et les vieilles femmes étaient occupées à diverses tâches, quel que soit leur âge, tandis que les jeunes garçons, qui ne travaillent pas encore dans les rizières, attendent simplement que le temps passe…

Les Cambodgiens sont très intéressés et impliqués dans la politique, comme nous avons pu le voir tout au long de notre voyage à travers le nombreuses manifestations et rassemblement de partis en vue de prochaines élections législatives que nous avons croisés, et cela se confirme ici car, même dans ce village Tampuon situé au fin fond du Ratanakiri auquel on ne peut accéder qu’en barque,  on retrouve des autocollants des partis politiques collés sur les façades des maisons des villageois, et il y a même une maison spécialement dédiée au parti que les villageois soutiennent, où ils peuvent se rencontrer et discuter politique. Les ethnies sont contre le parti actuellement au pouvoir (comme beaucoup de Cambodgiens) car celui-ci n’a rien fait pour aider les ethnies qui vivent dans des conditions très dures et plus que rudimentaires… Espérons que les prochaines élections soient favorables à ces villageois !

 

 

Nous passons devant la place où il y a récemment eu lieu un sacrifice de buffle : les Tampuons sont assez friands de ce genre de cérémonie…

Sacrifice de buffles, une cérémonie bien cruelle

Des piquets en bois sont plantés dans le sol, légèrement ouvert vers l’extérieur : cette structure sert à maintenir la tête du buffle pendant la cérémonie. 

Les villageois commencent par assommer l’animal, mais ce dernier va rester conscient pendant tout le rituel… Les villageois coupent un à un les tendons des pattes arrières du buffle. Pendant ce temps, les Tampuon dansent, chantent, cris, boivent l’alcool de riz qu’ils apprécient tant, tandis que l’animal continue à agoniser, les tendons cisaillés se rompant peu à peu sous le poids de l’animal… 

 



Le villageois chargés de la cérémonie continuent à donner des coups de couteau dans les membres postérieurs, jusqu’à ce que le buffle s’effondre sur le sol. Ce n’est qu’à ce moment-là, après une agonie qui peut durer plus d’une heure, que le coup final est porté et que l’animal est enfin tué (on l’égorge au couteau) et libéré de ses souffrances (si l’égorgement est bien pratiqué ! Sinon il peut souffrir encore de longues minutes en se vidant de son sang)…

Notre guide Lina, spécialiste des ethnies, nous raconte qu’il a déjà assisté à ces cérémonies (c’est d’ailleurs lui qui nous a décrit comment cela se passait car nous n’en avons pas vu de nos propres yeux) et qu’il avait beaucoup de mal à supporter la vue du sacrifice…

 


 

L’école du village

Depuis plusieurs années une école a ouvert dans le village : les élèves sont répartis en 6 niveaux et ces 6 niveaux sont répartis sur les deux salles de classes. Les élèves n’ont cours que le matin,  et comme il n’y a qu’un seul professeur, celui-ci doit se partager entre les deux salles de cours : il enseigne pendant 1h30 à une classe puis alterne avec la deuxième. Dans les communautés rurales, les élèves ont très peu d’école, à peine deux ou trois mois par an et les professeurs sont très mal payés (50 $ par mois), il y a donc encore pas mal de progrès à faire en matière d’éducation…

 

 

 

 

 



Nous nous dirigeons maintenant vers les rizières qui s’étalent à l’arrière du village. Des jeunes filles à peine âgée de 12-13 ans passent devant nous en baissant le regard, un peu intimidées par notre présence. C’est un paysage bucolique que nous découvrons : végétation verdoyante, paysans à tête surmontée de chapeau chinois en paille s’affairant dans les rizières humides, tandis qu’un jeune garçon monte à cheval sur un énorme buffle… On a l’impression d’être dans un autre monde, une autre époque…

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