24.07.13 

Jour 13

LES MINORITES DU CAMBODGE 

Kachon, un village de l’ethnie Tampuon [suite]

 


 

 

Il se met à pleuvoir (cela devait bien arriver, depuis ce matin, les nuages gris ne cessaient de s’épaissir) et nous allons nous abriter sous une maison. Là, nous rencontrons une jeune fille, qui vient de rentrer des champs : âgée de 15 ans, déjà fiancée, et enceinte de plusieurs mois, cette jeune fille au ventre proéminant doit encore se rendre quotidiennement dans les rizières pour travailler !
Mais ici cela n’a rien d’exceptionnel, 15 ans est un âge normal pour être mariée et avoir son premier enfant…La mère de cette jeune fille, assise derrière elle, nous raconte qu’elle-même s’est mariée à 15 ans et a eu depuis 7 enfants…Nous croisons un peu plus tard une autre jeune fille, qui elle aussi est âgée de 15 ans, vient de se marier… et ne tardera sûrement pas à tomber enceinte !

La pluie s’arrête et nous pouvons enfin quitter notre abri pour aller visiter le cimetière du village, curiosité qui attire les touristes en haute saison (car actuellement, en saison des pluies, nous sommes les seuls touristes du village…). 

Cimetière Tampuon et rites funéraires

A cause de leur vie très rude, les Tampuon vivent bien moins longtemps en moyenne que le reste de leurs homologues cambodgiens : ici, l’espérance de vie est de 40 ans, tandis qu’elle est de 60 ans dans le reste du pays. Le manque d’accès au soin, de médicaments fait que la plupart du temps, si un villageois tombe malade, il finit par en mourir.

Lorsqu’un Tampuon tombe malade, le village se réunit et fait un premier sacrifice (un petit animal, comme un cochon, une poule par exemple…). Si cela ne suffit pas et que le malade ne guérit pas, on procède à un second sacrifice, cette fois-ci de plus grande ampleur : un buffle est tué pour essayer d’intercéder auprès des esprits de la nature. 

 

 



Si le villageois finit par mourir malgré tout, un troisième sacrifice est réalisé pour célébrer la mort du défunt puis on procède à la construction de sa tombe. On coupe un tronc d’arbre, on le scinde en deux parts égales, et chacune d’elle est creusée : le corps est déposé à l’intérieur de l’une des moitié creusée, puis on referme ce cercueil avec la deuxième moitié de l’arbre, comme une boîte à couvercle. Ce cercueil végétal est ensuite enterré dans la forêt, derrière le village. Une structure de bois dont le toit a intentionnellement la forme d’un bateau est érigée par-dessus la tombe. Une petite barricade de bois d’une vingtaine de centimètres de hauteur entoure rectangulairement le tombeau. Les deux coins arrières de l’enceinte sont chacun surmontée d’une paire de bâtons représentant une paire de défense d’éléphants tandis que sur les deux coins à l’avant on trouve des statuettes. 

Le bateau et les défenses symbolisent tous deux un moyen de transport traditionnel des Tampuon (si le bateau est encore largement utilisé aujourd’hui, les éléphants ont disparu) : ces représentations sont là pour aider le mort à voyager jusque dans l’autre monde. Les statuettes peinturlurées représentent pour l’une, le défunt et l’autre en général la(le) compagne/compagnon du mort, pour que celui-ci ne soit pas totalement seul (les enfants et adolescents non mariés décédés n’ont qu’une seule statuette sur leur tombe). Les statuettes en bois sont personnalisées et sont accompagnés des attributs du défunts comme une pelle, un chapeau, une écharpe, des boucles d’oreilles pour les femmes, et on peut même trouver, pour de morts récents, des statuettes avec des lunettes de soleil ! (cf la photo à droite ci-dessus)

 




Pendant une année entière, la famille du défunt, doit venir, chaque jour, faire une offrande ou sacrifice devant la tombe. Un an exactement après la date de la mort, la famille revient sur la tombe et doit veiller, pendant plusieurs jours (au moins 3) au pied du tombeau. La famille reste sur les lieux aussi longtemps que son stock de nourriture qu’elle a amené avec elle le lui permet. Après cette veillée, la famille quitte la tombe et ne reviendra plus jamais, le cercueil est laissé à l’abandon et la nature reprend peu à peu ses droits, recouvrant lentement les structures de bois et statuettes qui ne tardent pas à se perdre dans la végétation, comme nous pouvons le constater.

Après la découverte enrichissante du village des Tampuon, de leur mode de vie et de leurs coutumes, nous reprenons le bateau et là, mauvaise surprise, une grosse averse nous tombe dessus, et si nous en avons rigolé après, sur le coup nous n’étions pas trop rassurés pour nos appareils photos et l’ordinateur de Papa que l’on  tentait de protéger tant bien que mal ! Heureusement, aucun dégât n’a été à déplorer… Nous nous arrêtons à un petit débarcadère du nom de Koh Sramouch où nous déjeunons et avons le droit à une délicieuse pâtisserie khmère, des sortes de boulettes de riz sucrée.

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