18.07.13 

Jour 7

LES TEMPLES D'ANGKOR 

La vie mouvementée de notre guide Sok

Sur le chemin du retour, Sok, notre guide, âgé aujourd’hui de 68 ans, nous raconte sa vie au Cambodge. Il a connu les plus grands bouleversements du Cambodge, et son histoire est réellement passionnante, car elle retrace celle de tout le peuple cambodgien moderne.


Le Protectorat Français

Sok est né en 1945 lorsque le Cambodge était encore sous Protectorat Français. Lorsqu’il allait à l’école, le français était une langue obligatoire, il commence alors à l’apprendre et c’est aussi ce qui explique sa vocation de guide francophone à Angkor.

Indépendance

En 1953, l’indépendance du Cambodge est déclarée et Sok a alors 9 ans. Il nous dit avoir été impressionné par les chars militaires qui défilaient dans la rue devant chez lui avec la fanfare, les drapeaux pour fêter l’indépendance.

La guerre vietnamienne

Lorsque les tensions commencèrent au Vietnam, Sok vivait avec ses parents dans un village près de la frontière vietnamienne. Le Cambodge avait autorisé le Viêt-Cong (Front National de Libération du Sud Vietnam, un groupe communiste) à utiliser des bases au Cambodge, près de la frontière. Lorsque les Américains découvrirent la présence de ces bases, ils commencèrent un bombardement intensif près de la frontière, bombardement qui finira par s’étendre sur toute la moitié Est du Cambodge. Sok voit sa maison détruite par les bombardements  qui, nous apprend-il, ont fait plus de 200 000 morts khmers. Sok fuit alors la région avec ses parents et déménage dans la province de Battambang.
En 1970, il s’engage comme soldat et lutte durant 5 ans, jusqu’en 1975, contre le Viêt-Cong. Il nous a raconté plusieurs anecdotes de combats et de bombardement entre l’armée cambodgienne dont il faisait partie et le Viêt-Cong mais dont je suis incapable de raconter les détails aujourd’hui.

Les Khmers Rouges

En 1975, les Khmers Rouges prennent le pouvoir et Sok nous raconte l’enfer qu’a représenté cette période dont il connait la durée exacte – 3 ans, 8 mois, et 20 jours. 

 

          Les travaux forcés

Il commence par nous parler des travaux forcés, auxquels il a pu lui-même échappé mais dont il a été témoin durant ces trois années khmères rouges. Quasiment toute la population, hommes, femmes, enfants, vieillards compris, était réquisitionnée pour les travaux forcés. Ils travaillaient à la culture des rizières ou bien à la construction de canaux pour irriguer ces rizières dans des conditions terribles. Les travaux étaient harassants car l’avancée technique khmère à cette époque était quasiment nulle : labour à la charrue tirée par les bœufs, et toutes les autres tâches effectuées à la force des seuls bras humains, même les canaux d’irrigation étaient creusés à la pelle. Les horaires de travail étaient inhumains : les cambodgiens commençaient à 5h du matin,  faisaient une pause à 11h pour se reposer et manger un peu puis reprenaient le travail à 13h jusqu’à 19h, ils faisaient une deuxième pause pour manger puis retournaient dans les champs de 21h jusqu’à minuit. 

 


Lors de leur pause, les cambodgiens mangeaient dans des cantines communautaires où ils recevaient chacun  la même portion de nourriture dérisoire. La ration s’élevait à une cuillère à soupe de riz par jour avec la plupart du temps un potage à base de fleurs de nénuphars (il n’y avait tellement rien à manger qu’ils étaient obligés de manger de la soupe de nénuphars, un repas qui est très peu nourrissant). De plus, toutes les écoles furent  fermées, les enfants ne recevaient alors plus aucune éducation. A la place, ils étaient assignés aux travaux forcés comme les adultes : par exemple, beaucoup d’enfants travaillaient à la construction des canaux d’irrigation et devaient alors creuser 3m2 de canaux par jour chacun. On imagine bien que dans de telles conditions, nombreux sont les cambodgiens qui ont succombé à ces travaux forcés, morts d’épuisement ou de faim ou les deux.

          Les réquisitions

Sok nous raconte que les Khmers Rouges venaient souvent réquisitionner tous les vivres des Cambodgiens. Plusieurs fois, des Khmers Rouges sont venus chez lui pour lui prendre sa nourriture mais il avait trouvé une astuce : il cachait les grains de riz à l’intérieur des tiges de bambous qui constituaient les murs de sa maison et réussissait ainsi à préserver en partie sa réserve de nourriture.

          Echapper aux travaux forcés…

Notre guide a pu échapper aux travaux forcés car il avait reçu une formation d’électricien (avant le début de la guerre du Vietnam et avant l’arrivée au pouvoir des Khmers Rouges).

Sok avait reçu une formation d’électricien dans sa jeunesse mais n’avait jamais réellement pratiqué le métier, son savoir était donc essentiellement théorique. Au moment où les Khmers Rouges avaient pris le pouvoir, Sok enseignait le métier d’électricien à de jeunes cambodgiens. Apprenant cela, les Khmers Rouges le convoquèrent pour lui demander d’exercer son métier à leur service (ce qui veut dire bien sûr sous la forme de travaux forcés). Pour y échapper (car il ne savait pas réellement exercer le métier et il n’aurait donc pas pu faire ce que les Khmers Rouges lui demanderaient), Sok eut l’idée d’écrire sur un bout de papier, avec sa main gauche, « Je suis un illettré ». Comme il était droitier, lorsqu’il avait écrit de sa main gauche, ses lettres étaient très mal formées ce  qui a contribué à faire croire aux Khmers Rouges qu’il était vraiment illettré. Croyant qu’il était illettré, ils ont aussi cru qu’il ne pouvait pas être vraiment électricien et dès lors, les Khmers Rouges l’ont laissé tranquille et il a ainsi pu échapper aux travaux forcés.

Guide d’Angkor

Aujourd’hui, grâce à sa maitrise du français et ses grandes connaissances historiques, Sok est devenu guide à Angkor et vit plus paisiblement.
Son histoire permet de découvrir tous les récents chamboulements du Cambodge, ce qui m’a donné envie d’en savoir encore plus sur le XXème siècle cambodgien.

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