18.07.13 

Jour 7

LES TEMPLES D'ANGKOR 

Histoire simplifiée du Cambodge moderne
 

Le Cambodge connut un déclin très important à partir du XIIIème siècle  jusqu’au XIXème siècle. Les puissances frontalières se montrèrent de plus en plus menaçantes envers le Cambodge, multipliant les invasions et attaques, grignotant peu à peu le territoire de l’Empire Khmer. Durant cette période, le Cambodge ne cessa d’être dominé par telle ou telle puissance voisine.  

 

Le Protectorat (1863-1953)

Au milieu du XIXème siècle, le Cambodge était toujours en aussi mauvaise situation, menacé de parts et d’autres par les royaumes thaï et vietnamien. En 1863, les français forcèrent le Cambodge à signer le protectorat. Menacé par les troupes armées des Français et au vu de la position fortement affaiblie du Cambodge, le roi Norodom Ier finit par accepter de signer le protectorat. Malgré tout c’est grâce aux Français  que le Cambodge ne disparut pas, car sans la protection coloniale, il aurait sûrement était conquis et rayé de la carte par les thais et les vietnamiens. Il reste aujourd’hui encore beaucoup de traces de l’occupation française ; par exemple, des inscriptions françaises sur certains bâtiments, des immeubles coloniaux, des routes, des stations balnéaires comme Kep, des cambodgiens qui parlent encore français parce que c’était une langue obligatoire du temps du protectorat…

 

 

 


 

Indépendance (1953)

Lorsque le roi Sihanouk arriva au pouvoir, il commença à faire des demandes de plus en plus insistantes pour obtenir l’indépendance de son pays. Il finit par réussir et, en 1953, l’Indépendance du Royaume du Cambodge fut proclamée, exactement 100 ans après le début du Protectorat Français. Sihanouk devint roi, mais non content d’avoir réussi à rendre indépendant le Cambodge, il décide d’abdiquer et de se représenter aux élections politiques pour avoir un pouvoir légitime, et voir s’il est réellement soutenu par le peuple. Il remporta ces élections avec une large majorité et reste très populaire chez les Cambodgiens aujourd’hui, puisque c’est lui qui a réussi à obtenir l’indépendance. Une ville lui est même dédiée au Cambodge, Sihanoukville. Après l’indépendance, le Cambodge connut quelques années prospères mais rapidement, il fut rattrapé par les problèmes politiques des pays frontaliers, en particulier au Vietnam.

Les années 50-70

Un an après la déclaration d’indépendance du Cambodge, la fin de l’Indochine est proclamée, laissant place à quatre états, le Cambodge, le Laos et le Vietnam Nord et le Vietnam Sud.


Une situation politique précaire

Dans les années 1950, le Cambodge est toujours dirigé par le roi Sihanouk, mais celui-ci est plutôt en mauvaise position. En effet, les Cambodgiens n’adhèrent plus entièrement à la politique de Sihanouk comme c’était le cas auparavant. Les scandales politiques à répétition qui touchent la famille royale ne contribuent pas non plus à la popularité de Sihanouk. Au début des années 50, un mouvement de gauche semble se développer et compter de plus en plus de partisans chez les cambodgiens. Sihanouk, qui se sent menacé par la montée de la gauche, commence à mener une politique d’oppression assez violente envers les khmers communistes qu’il qualifie de « rouges », et ira même jusqu’à ordonner l’exécution de plusieurs centaines de ces khmers communistes.

La montée des tensions au Vietnam

Dans le même temps, les prémices d’une guerre idéologique se font sentir entre le Vietnam-Nord et le Vietnam-Sud. Le Vietnam-Nord, dirigé par Hô Chi Minh est communiste tandis que le Vietnam-Sud est une dictature capitaliste. Dans les années 50, le Viêt-Cong, un groupe communiste aussi appelé « Front national de libération du Sud-Viêt Nam » se rassemble au Vietnam-Nord autour d’un grand projet : comme leur nom l’indique, les membres du Viêt-Cong  veulent rallier la partie Vietnam-Sud capitaliste au Nord pour ainsi étendre l’idéologie communiste.
Au début des années 60, les khmers communistes, impuissants dans leur pays, décident de rejoindre les troupes du Viêt-Cong, les communistes du Vietnam-Nord. Il s’agit en quelque sorte d’une période de formation pour les communistes khmers. C’est au même moment, c’est-à-dire début des années 60, que le Viêt-Cong lance ses premières attaques et effectue ses premières incursions dans le territoire sud-vietnamien.
 

Un contexte de Guerre Froide

Il ne faut pas oublier que ces évènements s’inscrivent dans le contexte de la guerre froide, une guerre idéologique que se livrent les Etats-Unis et l’URSS indirectement. L’URSS désire répandre le communisme tandis que les Etats-Unis promeuvent le modèle capitaliste. Ainsi, par peur de l’expansion communiste, les Etats-Unis s’engagent dans le conflit vietnamien au côté du Vietnam-Sud pour repousser le Viêt-Cong communiste qui menace sérieusement le pays. Dans un premier temps, au début des années 60, les USA fournissant des armes et envoient des conseillers de guerre (le rôle des conseillers est d’aider les troupes locales à s’organiser et leur apprendre à combattre). Mais cela ne suffit pas, le Viet-cong avance toujours et les Etats-Unis finissent par envoyer non moins de  500 000 soldats américains sur le terrain en 1965. La guerre du Vietnam a commencé…

 
 


Le coup d’Etat…

La situation politique interne du Cambodge est dans un état critique, à tel point qu’en 1870, Sihanouk, alors en voyage politique à l’étranger, fut victime d’un coup d’Etat mené par le général Lon Nol qui avait été un de ses ministres. Lon Nol instaura un régime militaire anti-communiste tandis que Sihanouk fut contraint à l’exil. Sihanouk s’exila alors à Pékin où il fonda le Front National Uni du Kampuchéa (Kampuchéa est le nom du Cambodge en khmer), un mouvement qu’il surnomma lui-même « khmer rouge ». Sihanouk s’allie donc aux communistes auxquels il s’opposait pourtant auparavant. Pendant ce temps-là, Lon Nol  instaure un régime militaire anti-communiste au Cambodge. 

Une montée communiste

Les Etats-Unis découvrent les bases vietnamiennes du Viet-Công au Cambodge et décident de bombarder la zone où se trouvent ces bases, près de la frontière. Les soldats du Viêt-Cong se réfugient encore plus à l’intérieur du Cambodge, les Américains suivent le mouvement et finissent par bombarder toute la moitié Est du pays.
Les graves problèmes économiques du pays, la faiblesse du régime de Lon Nol, les bombardements américains de plus en plus intensifs provoquent une forte adhésion aux Khmers Rouges notamment chez les paysans (constituant la grande majorité du peuple) qui étaient totalement désemparés par la situation.  Le parti politique des Khmers Rouges est nommé le Parti révolutionnaire du peuple du Kampuchea,  En 1968, les Khmers Rouges lancent le début de leur insurrection et des combats éclatent au Cambodge. Soutenu par Sihanouk, les Khmers Rouges s’emparent de plus en plus de territoires et, si au départ la politique du mouvement était plutôt modérée, elle se radicalise à partir des années 1970. Une guerre civile est engagée et les Khmers Rouges ne tardent pas à contrôler la moitié du territoire cambodgien.

 

L’année 1975 : un tournant

En 1975, les Khmers Rouges réussissent à s’emparer militairement de Phnom Penh, la capitale du Cambodge et prennent la tête du pays. Ils instaurèrent alors l’un des pires régimes qu’il ait existé.
L’année 1975 marque aussi la fin de la guerre du Vietnam : les américains se retirent et les communistes du Viêt-Cong remportent la guerre. Le Vietnam-Nord et Sud fusionnent et devient alors un pays entièrement communiste  et par la même occasion, un allié de l’URSS dans le contexte de la guerre froide. 

Les Khmers Rouges au pouvoir (1975-1979)

Un fois au pouvoir, les Khmers Rouges avec Pol Pot à leur tête instaurèrent l’un des pires régimes qu’il ait pu exister. Le Cambodge devint le « Kampuchéa Démocratique » et l’ « Angkar » est l’organisme politique central qui régit tout le pays, dirigé principalement par Pol Pot.  


 

Les Khmers Rouges au pouvoir (1975-1979)

Les Khmers Rouges commencent par purger le pays en exécutant les anciens partisans de Lon Nol et mènent une politique de répression des plus sévères envers tous ceux qui n’adhèrent pas à la politique communiste, condamnant de façon arbitraire et injuste des milliers de khmers, les envoyant en prison ou organisant des exécutions de masse. Ils entament la collectivisation des terres et organisent la déportation de milliers de khmers. Les Khmers Rouges déportèrent une grande partie de la population des villes à la campagne pour les faire travailler presque comme des esclaves dans les champs. Ces déportés ainsi que les populations rurales sont ensuite divisés en « groupe de travail », un moyen par lequel les Khmers Rouges les forçaient à exécuter des travaux d’agriculture harassants. 

 


Les khmers voulaient effacer l’idée de propriété privée, abolir les classes sociales pour assurer l’égalité de tous les hommes et c’est dans ce prétexte idéologique communiste qu’ils condamnaient les cambodgiens aux travaux forcés dans les champs, et instauraient par exemple des cantines communautaires où chacun recevait la même portion de nourriture au nom de « l’égalité entre tous les hommes ». Les liens familiaux furent brisés par de sévères lois, la pratique religieuse interdite, les écoles fermées, de nombreux bâtiment détruits, dans le but d’effacer la culture cambodgienne au profit de l’idéologie plus universelle du communisme. Bientôt, le système agricole et la politique économique des khmers rouges se révèlent catastrophiques en pratique : la production agricole devient insuffisante, entraînant de fortes famines faisant des milliers et des milliers de victimes. 

 

 

 

De plus certaines famines sont organisées par les Khmers Rouges et les portions de nourriture distribuées dans les cantines militaires sont volontairement insuffisantes. La répression politique et raciale devient plus en plus forte, des « centres de rééducation » sont créés, des centres qui sont en réalité des prisons plus qu’autre choses.

On estime que les Khmers rouges firent entre 1 et 3 millions de morts soit 10 à 30% de la population cambodgienne de l’époque.


A lire : Le témoignage direct de l'un des 7 survivants de la Prison S21 qui relate la période la plus noire de l'histoire moderne du Cambodge: 


Bou Meng: A Survivor From Khmer Rouge Prison S-21

 

La fin des Khmers Rouges (1979)

            La prise de pouvoir vietnamienne

Même s’ils ont été alliés un certain temps, les tensions entre Cambodge et Vietnam rejaillissent et des combats éclatent : les Vietnamiens finissent par s’emparer militairement de Phnom Penh en 1979 et « libèrent » le Cambodge des Khmers Rouges.  En effet, ils condamnent symboliquement Pol Pot, le dirigeant principal des Khmers Rouges, à mort et instaurent un nouveau régime, la « République Populaire du Kampuchéa », dont le gouvernement est en réalité composé de nombreux anciens Khmers Rouges. La  prise de Phnom Penh par les Vietnamiens et la mise en place d’un nouveau régime  ne signent pourtant pas la fin des Khmers Rouges. Lors de la prise de Phnom Penh par les Vietnamiens, un grand nombre d’entre eux réussissent à prendre la fuite, dont Pol Pot, et vont se réfugier dans la jungle. Une guerre civile entre les Khmers Rouges et les nouveaux dirigeants vietnamiens éclate et dure pendant toutes les années 1980. La vie pour la population cambodgienne reste donc très difficile.   
Peu après la prise de pouvoir des Vietnamiens, Sihanouk, l’ancien roi déchu du Cambodge, crée le « Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif » (FUNCIPEC) en 1981. Sihanouk veut « libérer le peuple Cambodgien » de l’occupation vietnamienne et s’allie de nouveau aux Khmers Rouges qui, eux aussi, veulent destituer le nouveau régime vietnamien.

            La fin de l’occupation vietnamienne

La fin de l’URSS est signé en 1991 et avec elle, la fin de la guerre froide entre  les deux grandes puissances. L’URSS met également un terme à ses engagements dans les conflits extérieurs. Les Vietnamiens sont alors privés des soutiens de l’URSS et sont obligés de se retirer rapidement du Cambodge.


            La transition démocratique cambodgienne

A partir des années 1990, lorsque la guerre froide se termine, l’ONU tente de rétablir la paix au Cambodge et une transition démocratique est entamée. Des élections sont organisées en 1993 dans lesquelles deux partis s’opposent : le FUCINPEC et le PPC. Le FUCINPEC est, comme nous l’avons déjà dit, le parti crée par Sihanouk, l’ancien roi du Cambodge, lors de son exil. Le PPC, sigle pour le Parti du Peuple Cambodgien, représente de façon implicite le parti communiste des Khmers Rouges. Ces derniers ont organisé une reconversion de leur ancien parti le PRPK (Parti Révolutionnaire du Peuple du Kampuchéa= Khmers Rouges). Le candidat issu du FUNCIPEC est Norodom Ranariddh, qui n’est autre que le fils de Sihanouk, et celui du PPC est Hun Sen, un ancien Khmer Rouge. Tous deux briguent le poste du Premier Ministre, équivalent au poste du Président en France. Le FUNCIPEC gagne les élections de 1993et Ranariddh devient Premier Ministre. Mais le PPC, bien sûr mécontent du résultat, profère des menaces et obtient finalement un compromis assez inédit : Ranariddh (FUNCINPEC) et Hun Sen (PPC) deviennent tous les deux premiers ministres du Cambodge. Peu de temps après, la monarchie est rétablie et Sihanouk devient roi mais à titre symbolique, n’ayant aucun réel pouvoir politique (il n’a qu’une fonction représentative, un peu comme la reine d’Angleterre).

 


Pourtant, tout ne rentre pas dans l’ordre car des factions khmères rouges demeurent dans le pays, cachées dans les forêts impénétrables du territoire cambodgien. Pol Pot (le dirigeant des Khmers Rouges) ainsi que Khieu Samphân, Nuon Chea et Ta Mok, trois des plus grands chefs Khmers Rouges continuent les hostilités avec le gouvernement en place.
De plus, en 1997, Hun Sen renverse Norodom Ranariddh et devient alors le seul Premier Ministre ce qui n’arrange pas la situation politique déjà instable du Cambodge.
En 1998, Pol Pot meurt et échappe ainsi aux tribunaux. Peu de temps après Khieu Samphân et Nuon Chea sont arrêtés. L’année suivante, en 1999, le dernier des trois principaux chefs khmers rouges, Ta Mok est arrêté. La même année, un autre membre influent des Khmers Rouges, Kang Kek Ieu, l’ancien dirigeant de la prison S-21 de Tuol Sleng,  surnommé Douch, est arrêté. A partir de ce moment-là, le PPC crée un tribunal pour juger les Khmers Rouges et entament plusieurs procès contre certains des dirigeants du mouvement, qui sont encore en cours aujourd’hui. 

Cependant, beaucoup de khmers rouges ont échappé à toutes formes de condamnation. Il faut se rappeler qu’Hun Sen lui-même un ancien khmer rouge

Hun Sen, à la tête du PPC, est encore aujourd’hui le Premier Ministre du Cambodge et le FUNCIPEC reste le principal parti d’opposition au PPC… Bien sûr, il y a beaucoup de suspicion quant à la légitimité des élections et aux probables trucages du PPC dans les bulletins de vote…

Deth nous dit qu’il pense que l’ONU laisse Hun Sen au pouvoir et ferme les yeux sur son ancienne implication dans le mouvement des Khmers Rouges pour éviter une nouvelle guerre civile au Cambodge et qu’ils attendent tout simplement sa mort.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau