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07.11.12 

Jour 10 

A 5h, à peine levés, nous gravissons le sentier pentu menant au sommet de la dune rocailleuse. D’un côté, nous pouvons voir l’oasis et de l’autre le désert où est sensé se lever le soleil. Nous parcourons les crêtes à la recherche du meilleur point de vue et nous attendons dans ce silence incroyable, propre aux grandes étendues désertiques. Le manteau de la nuit nous enveloppe de sa douce obscurité apportant une fraîcheur vivifiante. C’est dans cette semi-obscurité que nous voyons se profiler à l’horizon les premières lueurs du jour naissant. Le soleil commence à se lever, doucement. Un beau spectacle qui nous remplit de sérénité et d’une énergie neuve, rien de mieux pour commencer la journée.

BAWITI

Après le petit déjeuner, nous entamons vers 9h00 la visite de l’oasis Bahariya et plus précisément de Bawiti, la capitale de cette oasis (eh oui, il y une capitale !) où se trouve notre hôtel.


Musée Al-Mathaf

Dans l’oasis de Bahariya, on a retrouvé quelques 250 « momies dorées » dont dix sont exposées dans ce musée. Ces momies n’appartiennent pas à des rois ou des reines mais leur bonne conservation indique qu’il s’agit de personnages riches ou de prêtres. Ces momies sont de style gréco-romain : le masque posé sur la tête n’est non plus en or mais en carton recouvert de feuilles d’or. En dessous du masque, une plaque rectangulaire est posée sur le torse des momies, recouverte de représentations des dieux égyptiens et entièrement peinte.  Elles sont assez bien conservées et, du fait du masque en carton, elles ressemblent à du papier-mâché. Il y a des hommes, des femmes des enfants qui n’ont pas pu être tous identifiés. 

Momification

La momification des  défunts est une tradition funéraire égyptienne sacrée chez les Anciens Egyptiens. Elle se déroule en 4 étapes.

     1ère étape :

Durant cette phase, les embaumeurs extrayaient le cerveau par les narines, à l’aide d’un long crochet.

     2ème étape :

Ensuite, les embaumeurs incisaient le corps et le vidaient de ses organes, excepté le cœur car selon les croyances, les dieux égyptiens avaient besoin du cœur pour le peser lors de la « pesée des âmes », une sorte de Jugement Dernier. Parmi les « momies dorées », on en a retrouvées certaines qui avaient une pierre à la place du cœur et sur cette pierre était marquée une prière, demandant l’accès au paradis égyptien. Les organes retirés étaient alors placés dans quatre vases sacrés, les canopes.

     3ème étape :

Le corps est ensuite traité au natron puis exposé au soleil pendant une durée plus ou moins longue selon le rang des personnages : 70 jours pour les pharaons, 45 jours pour les nobles et les prêtres et 25 jours pour les ouvriers.

     4ème étape :

Les embaumeurs recouvraient le corps de bandelettes en lin pour préserver les chairs et y glissaient des amulettes sensées protéger la momie. Enfin, on déposait un masque sur la tête du défunt.

Bien sûr, le processus est plus ou moins élaboré selon le rang du défunt et fait avec plus ou moins de soin et de précision selon la richesse du personnage. Les « momies dorées » ont bénéficié d’une momification d’assez bonne qualité, sans être non plus comparables à celles des pharaons.

Nous restons toujours dans Bawiti, la capitale de l’oasis et nous nous dirigeons vers le Qarat Qasr Salim, une petite butte de sable d’un piètre aspect mais qui recèle quelques richesses. Cependant au départ, quand on est devant, on se demande : c’est vraiment le bon endroit ?

 

Qarat Qasr Salim
 

Cette butte de sable abrite deux tombeaux égyptiens d’époque gréco-romaine. L’un appartient à Zed Amunerankh et l’autre à Bannentiu. Ces deux personnages et leur familles (plusieurs personnes ont été retrouvées dans le caveau) semblent avoir été importants car assez riches pour financer ces sépulcres mais on ne sait que très peu de choses sur eux.

          Tombeau de Zed Amunerankh

Nous descendons à l’intérieur par un escalier à très hautes marches et pénétrons dans ce caveau souterrain dont l’entrée étroite nous oblige à nous accroupir pour rentrer. Ce qui est le plus intéressant dans ce tombeau sont les représentations extrêmement bien conservées qui ornent tous les murs. Ces dessins retracent, sous forme de frise qui s’étale sur plusieurs murs, le voyage vers l’autre monde, aboutissant à la renaissance du défunt dans le Monde des Morts.

Ces deux  fresques représentent des scènes de momification.

La momification : Le dieu Anubis embaume le corps du défunt, aidé par les déesses Isis (à gauche) et Nephtys (à droite) sur la table de momification en forme de lion. On peut voir les canopes au pied de la table servant à accueillir les organes du mort. Au-dessus, on aperçoit un faucon à tête d’homme. Il s’agit en fait du défunt muni des ailes d’Horus, tenant dans ses serres les deux yeux d’Horus, symboles de la Lune et du Soleil. Le dieu Horus vient aider et protéger le défunt pour son voyage vers l’autre monde qui va commencer après sa momification.

 

 

 

Qui est le dieu Anubis ?

Le dieu Anubis porte le nom égyptien Inpou qu’on peut traduire par « jeune chien ». Il est d’ailleurs la plupart du temps représenté en homme à tête de chacal. Les Egyptiens voyaient souvent rôder les chacals autour des tombeaux et c’est ainsi qu’est née la croyance que le dieu chacal Anubis était le gardien des morts.  Selon la légende, c’est lui qui est à l’origine du rite de l’embaumement et c’est pour cela que les prêtes chargés de la momification portaient parfois des masques de chacal lors de l’embaumement. Une fois le défunt embaumé, Anubis le conduit devant le dieu Osiris, puis, aidé par le dieu Thot, Anubis juge le mort lors de la pesée des âmes.

Après la momification, le mort est accompagné par les divinités (de gauche à droite : Nepthys, Horus, Isis, Thot, Hathor) en train de prier (on le voit à la position des mains). Les divinités l'escortent et l'amènent...

…devant le Osiris, le dieu des Morts. Le personnage qui se tient derrière Osiris est sa femme Isis. (elle porte les cornes de vache de la déesse Hathor car cette dernière s’est occupée comme une deuxième mère  du fils d’Isis)

 

Ensuite, vient l’heure de la pesée des âmes, représentée sur cette photo.

La pesée des âmes : Selon la croyance pharaonique, pour passer dans l’Autre Monde, il fallait être jugé par les dieux Anubis, Thot et Osiris. Pour ce faire, on prend une balance avec d’un côté la plume de la déesse Maât (ou ici en l’occurrence la déesse entière, assise dans la balance, à gauche) et de l’autre le cœur du défunt (ici représenté par un canope, vase où l’on entreposait les organes des morts). C’est pour cela que le cœur était le seul organe qu’on laissait à l’intérieur de la momie. Si le cœur est le plus léger des deux, cela signifie que le défunt a fait beaucoup de bien de son vivant et peut alors accéder à cet autre monde. Le dieu Thot à gauche, inscrit, calame à la main, le résultat de la pesée des âmes.
De gauche à droite : Thot, Maât, Anubis, Thot (sous la forme de singe) Horus, Maât de nouveau.





 

 


Si le cœur est plus lourd que la plume lors de la pesée, cela signifiait que le défunt avait fait du mal et son cœur était alors dévoré par un monstre imaginaire.
De gauche à droite : Isis, Osiris et le monstre imaginaire.

 

Qui est Maât ?

Maât est la déesse de la Justice, représentée comme une femme coiffée d’une plume d’autruche unique, posée à la verticale sur sa tête. Cependant, la déesse Maât est bien plus que cela, elle incarne l’ordre universel mis en place au moment de la création du monde par Atoum. C’est un des principes les plus importants et les plus complexes de la religion pharaonique. Maât est chargé de faire régner l’ordre et de maintenir l’équilibre entre les forces du Bien et du Mal. C’est d’ailleurs elle qui, après la mort, sert de contrepoids dans la balance lors de la pesée des âmes. Sur un plateau de la balance est posé le cœur du défunt et sur l’autre la plume de la déesse Maât. Cette plume est donc le symbole de l’équilibre cosmique. Si le cœur est plus léger, alors le défunt a fait beaucoup de bien dans sa  vie et s’il est plus lourd, beaucoup de mal. 

Qui est Thot ?

Thot est sûrement le dieu égyptien le plus complexe. On n’a toujours pas trouvé de traduction à son nom égyptien « Djehouty », dont le sens reste aujourd’hui bien obscur. Quoiqu’il en soit, voilà une définition simple de ce dieu. Thot est le dieu lunaire, à la fois personnification et protecteur de la Lune. C’est celui qui a reconstitué l’œil lunaire d’Horus, arraché et découpé en morceau par Seth, d’où sa fonction de dieu de la Lune. C’est lui qui régit le temps, qui était compté en mois lunaire chez les Egyptiens. Outre cette fonction, Thot est aussi le dieu des scribes qui inscrit le résultat de la pesée des âmes et du nom des rois dans l’Arbre de la Vie appelé Iched. Il est représenté le plus souvent en homme à tête d’ibis, parfois couronné du disque solaire. On le retrouve aussi représenté sous forme de singe, son deuxième animal sacré après l’ibis. Le singe était un ancien dieu nommé Hedjour qui a été évincé par Thot.

 

 

Si le défunt a le cœur léger et que la pesée lui est donc favorable, il est transporté sur une barque avec le dieu Râ. Le dieu Râ est assis au milieu d’un soleil au centre de la barque avec devant lui, le défunt. De nombreuses divinités escortent ce voyage. La croyance racontait que le dieu soleil Râ, lorsqu’il se couchait en fin de journée, changeait de moyen de transport et utilisait une barque pour traverser le Nil souterrain. Dans ce monde, il devait combattre les forces du Mal et sa renaissance chaque matin symbolisait le triomphe du Bien. Lorsqu’un homme mourait, il suivait le voyage du dieu Râ dans ce monde souterrain, protégé par les divinités, avant de renaître le matin, en même temps que Râ. C’est pour cela qu’on enterre exclusivement les morts à l’est (où le soleil se couche) pour faciliter le voyage vers l’Autre Monde. Plus loin sur la frise, on aperçoit un enfant, un pouce dans la bouche, à l’intérieur d’un disque solaire : cela représente la renaissance du roi dans l’autre monde, qui se fait en même temps que la renaissance du soleil.  

 

Le Voyage vers l'Autre Monde résumé en schéma

Entrée de la chambre funéraire, gardée par deux dieux dont la tête est effacée.

Symbole de protection : le dieu Râ au centre (disque solaire) muni des deux ailes d’Horus.

Bâtons surmontés d’un attribut à chaque fois différent. Ces bâtons, aux nombre de 14 en tout, représentent les 14 provinces égyptiennes des temps pharaoniques. C’est plus ou moins vrai selon la période car le nombre de provinces a beaucoup varié. C’est plutôt un nombre symbolique car le dieu Osiris avait été découpé en 14 morceaux par son frère Seth, morceaux qu’il a ensuite jetés dans chacune des 14 provinces.

          Tombeau de Bannentiu

Dans ce second tombeau, on trouve des représentations équivalentes au premier reproduisant les étapes du voyage vers l’autre monde et la renaissance du défunt dans ce royaume mais nous n’avons pas pu prendre de photos.

Une dernière visite nous attend à Bawiti.

 

 

Temple d’Ain al-Muftella


C’est un temple dont il ne reste pas grand-chose si ce n’est quelques représentations pharaoniques.  Il fut édifié en partie par le prêtre Ain al-Muftella durant le Nouvel Empire puis agrandit pendant la période gréco-romaine. Là non plus, pas de photos mais de toutes façon il n’y a pas grand-chose à voir.
 

 

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