30.10.12 

Jour 2

 

La Citadelle de Saladin


Le ventre rempli, nous reprenons nos pérégrinations et allons visiter la Citadelle de Saladin et la célèbre Mosquée de Méhémet-Ali. C’est un superbe édifice d’une grandeur assez surprenante dont les pierres à la teinte jaunie contrastent avec le vert éclatant des palmiers et le bleu du ciel. Autour de ses multiples coupoles blanches se dressent de nombreux minarets et ses faces latérales sont bordées de colonnes. Nous pénétrons d’abord dans la cour intérieure où centre de laquelle s’élève la fontaine aux ablutions. Comme nous nous trouvons dans un sanctuaire musulman, Elisa et moi n’échappons pas à la règle et devons porter une sorte d’abaya blanche à capuche nous couvrant de la tête au pied en laissant quand même apparaître nos visages (on a essayé de cacher nos cheveux à l’intérieur de la capuche mais c’était très difficile !).





Un cadeau bien français…

Depuis cette cour intérieure dont l’enceinte se compose de colonnes, nous pouvons aussi apercevoir une horloge, offerte par le roi français Louis-Philippe au XVIIIème siècle en remerciement de l’obélisque qui trône encore aujourd’hui sur la place de la Concorde à Paris. Les Egyptiens n’avaient pas fait une bonne affaire car cette horloge n’a jamais fonctionné…

Après avoir fait le tour de la cour, nous enlevons nos chaussures pour  nous engouffrer à l’intérieur de la mosquée. Ce qui attire tout de suite l’attention est le plafond. D’immenses lustres d’où pendent des centaines de lampes blanches organisées en cercles de diamètres différents s’étendent sur toute la longueur et la largeur de la mosquée. Ces lustres sont accrochés très bas, à peine un mètre ou deux au-dessus de nos têtes alors que le plafond de la mosquée s’élève à 50 mètres au-dessus de nous en son point le plus haut, c’est-à-dire la coupole centrale. La partie basse des murs et des piliers carrés soutenant l’imposant édifice est couvert de panneaux d’albâtre blanc tandis que la partie supérieure est d’un marron très foncé et couvert de belles dorures, notamment à l’intérieur des coupoles. Nous nous asseyons sur le tapis rouge posé au sol, entouré de musulmans venus prier dans ce haut lieu de l’islam égyptien. Il y a très peu de  touristes européens et avec nos abayas ou je ne sais quelle sorte de voile, nous faisons l’attraction, les gens nous regardent et certains demandent même à être pris en photos avec nous ! Toujours assis au sol, Ayman nous rappelle les principes de base de l’islam avant de nous conter l’histoire de la Citadelle de Saladin et de la mosquée où nous nous trouvons.

Les cinq piliers de l’islam

La shahada : il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète
La salat : on réalise la prière cinq fois par jour (au lever du soleil, à midi, au milieu de l’après-midi, au coucher du Soleil et le soir)
La zakat : tout musulman doit faire preuve de charité s’il en a les moyens et paye une sorte d’impôt pour aider les plus pauvres.
Le siyam : lors le mois de ramadan, les musulmans doivent effectuer un jeûne durant lequel ils ne peuvent ni boire ni manger du lever au coucher du soleil.
Le hadj : effectuer une fois dans sa vie le pèlerinage jusqu’à La Mecque où est né le prophète Mahomet, si possible (à noter que le prix d’un voyage à La Mecque est excessivement cher !).


Histoire de la Citadelle de Saladin

La Citadelle de Saladin a été bâtie, là où se situait  la cinquième capitale de l’Egypte antique, al-Qahira (il y a eu de nombreux changements de capitale entre Memphis, Thèbes, Le Caire,…). C’est Saladin (1138-1193), fondateur de la dynastie des Ayyoubides,  qui fit construire cette forteresse en 1776 pour se protéger. Mais se protéger de qui ? Pour comprendre cela, il faut faire un petit retour en arrière. Après la mort de Mahomet en 632, l’islam, qui ne formait alors qu’une seule et même religion, se sépare en plusieurs courants aux principes différents. Les chiites reconnaissent en Ali, le gendre du prophète, le successeur de Mahomet alors que les sunnites sont partisans d’Abou Bakr, un des compagnons du prophète. De là naîtra des divergences d’opinions, de culte et d’organisation du Clergé jusqu’à faire de ces deux communautés des ennemies. Saladin, lui, se revendiquait sunnite et c’est en partie pour se protéger des chiites qu’il fit bâtir cette forteresse mais aussi pour se défendre contre de nombreux ennemis durant la période troublée des croisades qui avaient commencé en 1094. Des luttes internes au sein de la dynastie des Ayyoubides, des histoires de pouvoir entre ses membres, des systèmes d’alliance infructueux avec les croisés auront raison de la famille de Saladin. Renversée par les Mamelouks, l’Egypte vit monter sur son trône un nouveau sultan Baybars Al-Bunduqdari. Il s’installa dans la citadelle ainsi que ses successeurs qui apportèrent diverses modifications à la forteresse en y ajoutant des palais et des harems. De 1517 à 1798, ce sont les Ottomans qui dominèrent à leur tour l’Egypte. Ils agrandirent la Citadelle, construisirent une tour de 25m de haut, Al-Muqattam, une nouvelle porte et abandonnèrent les palais mamelouks. En 1798, le général français Napoléon débarqua, s’emparant de la forteresse en mettant fin à la période ottomane. Cette période d’occupation française permit de sauver les magnifiques édifices Mamelouks où les savants qui avaient accompagné Napoléon, reconnurent là des chefs d’œuvres de l’architecture islamique. Malheureusement, Méhémet Ali  qui s’empara du pouvoir en 1805 et les détruisit. La Citadelle connaît alors une grande période de transformation à commencer par la grande Mosquée de Méhémet-Ali qui domine encore aujourd’hui la ville du Caire depuis la citadelle. Il n’hésita pas, pour réaliser son grand projet, à piller le revêtement des pyramides du plateau de Gizeh.



La mosquée de Méhémet-Ali d’un point de vue architectural

L’architecte en charge de la construction de cette mosquée s’est largement inspiré de la Mosquée Sainte-Sophie à Istanbul. En effet, Méhémet Ali, dont les parents étaient Turcs, a voulu s’offrir le luxe d’une si grande mosquée. Le contraste entre les panneaux d’albâtre blanc sur la partie basse de la mosquée et la partie plus haute très foncée fait directement référence à la Mosquée de Sainte-Sophie qui fut auparavant une basilique qui possédait deux étages dont la mosquée a gardé l’héritage. On retrouve aussi dans la mosquée de Méhémet Ali, une cour intérieure carrée à l’arrière de la salle de prière. Le toit de cette salle est organisé en cinq coupoles dont une centrale très grande bordée par  quatre demi-dômes plus petits, comme à Sainte-Sophie. Aux quatre jointures des demi-dômes, on retrouve le nom des fondateurs de chacune des Quatre Ecoles Juridiques, les madhahib. En effet, il existe quatre « écoles » dans la branche sunnite des musulmans qui indiquent une voie suivie dans l'interprétation des textes coraniques, particulière à chaque madhhab (école).Il existe l’école chaféite fondée par Mohammed Ben Idriss Achaféi, l’école hanéfite fondée par Abou Hanifa, l’école malékite fondée par Malek Ibn Anasset et l’école hanbalite fondée par Ahmad Ibn Hanbal. Dans les jointures des demi-dômes est inscrit le nom du fondateur de chaque école, pour que tous les sunnites, obéissant à n’importe quel madhhab, puissent prier dans la mosquée.




 

 



A l’intérieur de la mosquée, on retrouve le mihrab entouré de deux colonnes ainsi qu’une autre particularité : il y a deux minbars, l’un en albâtre et l’autre en bois de cèdre,  réalisé à la demande du roi Farouk.

 


Un peu de vocabulaire pour mieux comprendre les mosquées

Le mirhab (مِحْراب  en arabe, signifie sanctuaire) : niche tournée vers la Mecque, pour indiquer le sens de la prière.
Le minbar (منبر en arabe, signifie chaire) : c’est une sorte d’escalier remplissant la fonction de chaire d’où l’imam fait son sermon lors de la prière du vendredi.
Le minaret (vient du mot منارة en arabe signifiant phare) : c’est une tour assez haute, dépassant les autres bâtiments d’où l’on fait l’appel à la prière. 
 

Nous quittons la mosquée et nous nous dirigeons vers l’avant de la citadelle, offrant une vue imprenable sur Le Caire, malheureusement gâchée par un épais brouillard gris. Lorsqu’il fait soleil, ce doit être magnifique… 




 




Néanmoins on peut apercevoir de splendides bâtiments : la mosquée du sultan Hassan à gauche et  la mosquée Al-Rifa'i à droite et devant elles, se dresse la mosquée de Mahmoud Pacha.








Après avoir fait le tour de la citadelle, nous redescendons et sur le chemin, et apercevons des arbres taillés bizarrement. On demande à Ayman ce que c’est et en fait les jardiniers ont marqué « Allah » dans les feuillages de tous les petits arbustes !

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