Home 3 Sommaire

31.10.12 

Jour 3

Nous entamons une nouvelle journée en Egypte et partons à 7h00 en direction d’Alexandrie, qui n’est pas la porte à côté ! En circulant dans la ville, nous demandons à Ayman pourquoi il y a tant d’immeubles qui semble toujours en construction car dépossédés de façades, comme nous l’avons remarqué à notre arrivée. Il nous apprend alors que certaines entreprises décident de construire des immeubles et ne finissent pas les façades, diminuant ainsi le prix de vente des appartements. Les familles qui s’y installent sont alors libres de les peindre comme elles le veulent, donnant lieu aux plus étranges mélanges notamment dus à l’usage de couleurs bariolées… Les immeubles non finis surgissent par centaines devant nous et semblent ne jamais finir. Le Caire est une ville gargantuesque avec plus de 20 millions d’habitants (le tiers de la population française et deux fois le nombre d’habitants de Paris !) et de nouveaux arrivants toujours plus nombreux qui viennent remplir cette ville déjà croulante sous le poids de toutes ces constructions et de toutes ces vies humaines qui se concentrent dans quelques mètres carrés…Ayman nous pointe un des immeubles et nous demande à quelle classe de la population il est réservé. L’immeuble, plutôt délabré, toujours sans façade et situé au bord de la route très bruyante (les Egyptiens adorent le klaxon !) nous fait dire sans hésitation que ce sont des populations pauvres qui doivent y vivre. Eh bien non…C’est le logement typique de la classe moyenne, qui est encore plus précaire que les logements des français pauvres…ça nous fait prendre conscience que nous sommes plutôt chanceux de vivre en France…
Nous prenons l’autoroute, sur laquelle circulent voitures et camions de marchandises ainsi que carrioles tirées par des ânes et passants téméraires qui tentent la traversée…Des constructions précaires en bois abritent des sortes de snack, une autre version des stations d’autoroutes européennes tandis que le paysage alentour est complètement désertique, vaste étendue de sable jaune brumeux, ponctuée de quelques oasis de verdure accueillant des cultures de palmiers dattiers.


Monastère Saint-Bishoy

 

 


 

 




En cours, de route, nous nous arrêtons pour visiter le monastère Saint-Bishoy – que nous avons eu beaucoup de mal à trouver et qui a nécessité de nombreux aller-retours ! En effet, ce monastère copte est complètement isolé ! C’est un monastère copte, terme désignant les chrétiens d’Egypte. Ayman lui-même est copte et nous apprend que, malgré ce que l’on pourrait penser, il y a une partie importante de la population qui est chrétienne, à peu près 20 millions d’Egyptiens sur 80 millions. Le reste des habitants est majoritairement musulman.

 

 

 

 



Les murs qui entourent ce monastère s’élèvent, immenses, devant nous, recouverts d’un crépi jaune clair, comme délavé. Une arcade, étroite mais très haute, nous permet de pénétrer à l’intérieur du sanctuaire. Nous attendons devant une des chapelles du monastère notre guide, en observant devant nous les maçons en train de rénover un puits. Un moine copte du sanctuaire vient à notre rencontre : c’est lui qui va nous servir de guide. Il ne parle pas français mais heureusement, Ayman est là pour traduire. Il est vêtu d’une coule noire avec un petit capuchon ornée de croix coptes dorées rabattu sur la tête et porte une longue barbe grise, comme sorti d’une époque ancienne... Nous enlevons nos chaussures pour  nous introduire à l’intérieur de la première chapelle, la principale du monastère car on y trouve la dépouille de Saint-Bishoy à l’origine de ce monastère. Le moine commence alors à nous raconter l’histoire de ce sanctuaire. 

Légende de Saint Bishoy

Datant du IVème siècle après Jésus-Christ, ce monastère, l’un des plus importants sanctuaires coptes, a été fondé, comme son nom l’indique, par Saint-Bishoy.
Un ange apparut à la mère de Bishoy en lui demandant de mettre au service de Dieu l’un de ses fils, celui qu’elle voulait. Elle lui répondit que peu importait, tous ses fils étaient à disposition de Dieu et l’ange choisit alors Bishoy. Jeune homme très pieux au cœur pur, Bishoy vit apparaître devant lui plusieurs fois Jésus-Christ. C’est pour cela qu’il fut sanctifié et surnommé bien souvent le « Juste », « l’homme parfait » ou encore « le bien-aimé par notre Bon Sauveur ». La première apparition eut lieu lorsque, après une longue période de jeûne, le Christ vint lui dire « Tu t’es trop fatigué pour moi mon élu Bishoy » ; ce dernier lui répondit alors « C’est toi qui t’es trop fatigué pour moi Seigneur, mais ma fatigue n’est rien du tout ». La seconde fois, le Christ apparut à Bishoy en lui promettant de remplir la montagne de moines et c’est ainsi qu’apparut le monastère Saint-Bishoy. Une autre fois, le Christ se matérialisa sous les traits d’un voyageur auquel Bishoy lava les pieds sans savoir au début qu’il s’agissait de Jésus. Les moines dirigés par Saint-Bishoy dans son monastère demandèrent à celui-ci de prier Jésus pour qu’il vienne les voir.  Le Christ accepta et leur donna rendez-vous sur la montagne. En chemin, les moines croisèrent un vieil homme qui leur demanda de l’aide, mais ceux-ci, trop préoccupés par l’arrivée du Christ, ne daignèrent pas l’aider, à l’exception de Bishoy et c’est lorsqu’il porta le vieil homme sur son dos que celui-ci finit pas révéler sa véritable identité. Le vieil homme n’était autre que Jésus qui était apparu sous forme de vieil homme pour mettre les moines à l’épreuve. Saint-Bishoy mourra à l’âge de 97 ans à Antinoé où il avait rencontré Saint-Paul avec qui il avait lié une solide amitié, ami qui mourut peu après lui. Leurs dépouilles furent ensuite transportées  toutes deux au monastère de Saint-Bishoy, selon leurs dernières volontés, devant lesquelles peuvent encore se recueillir aujourd’hui les chrétiens coptes.

Voici l'histoire plus complète de Saint-Bishoy sous forme de prospectus (cliquez sur l'image pour lire)  : 

Découverte du monastère : Moines d’hier et d’aujourd’hui


 

 




Nous pouvons voir à l’intérieur de cette église l’endroit où se trouvent les reliques saintes. Le sol est recouvert d’une tapisserie rouge et de riches ornements issus de l’art copte agrémentent tous les murs. 


 

 

 




Nous avons de la chance car pendant que l’on visite se tient une messe à laquelle nous pouvons assister. Cette messe a lieu dans une des salles latérales de l’Eglise, coupée en deux par un portique de bois, une partie est dédiée aux moines et l’autre aux fidèles. Plusieurs moines vêtus d’une coule blanche récitent des vers bibliques et chantent pendant qu’un autre secoue de l’encens, embaumant la pièce d’une fumée opaque au rythme de la litanie. 


 





Nous poursuivons la visite par une nouvelle église. Les voûtes sont entièrement recouvertes de peintures représentant des scènes bibliques, encadrées par des ogives de briques rouges. C’est une très belle église qui nous fait comprendre l’importance que revêt ce monastère. Sur les murs sont exhibées des centaines de photos montrant les moines en compagnie de personnalités importantes allant du Pape Benoît XVI à Mitterrand en passant par George Bush et bien d’autres.


 

 




Au centre de l’Eglise, on aperçoit une sorte de grosse table sur laquelle plusieurs personnes posent leurs mains en priant. En fait, cette grosse table n’est autre que la tombe du patriarche récemment décédé ! Ce patriarche est le dirigeant l’Eglise orthodoxe copte de l’Egypte et de toute l’Afrique et c’est à Saint-Bishoy que repose sa dépouille, en attendant l’élection d’un  nouveau représentant.   

 

 

 



Nous nous rendons à l’ancien réfectoire des moines, une grande pièce longiligne qui abrite des objets de toutes sortes, des poteries anciennes, des icônes, une porte en bois datant du IXème siècle et bien d’autres encore… Notre moine-guide nous montre tous ces objets, témoins du travail des moines d’autrefois qui fabriquaient tous ces ustensiles.  Aujourd’hui,  les moines continuent certaines fabrications artisanales comme les paniers qu’ils confectionnent à la main. Autrefois, les moines vivaient de leur propre agriculture, notamment grâce au puits (qu’on a vu en rénovation). 

 

 

 

 

 

 




De nos jours, ils continuent à vivre de leur agriculture et des objets qu’ils fabriquent mais le tourisme leur permet d’avoir des revenus supplémentaires. La vie dans le monastère était très austère car il  était isolé au milieu du désert, il faisait très chaud, les ressources en eau était faible et les moyens de communication peu développés, coupant les moines coptes du reste du monde. Le Wadi el Natrun, plus connu sous le nom du désert de Scété où se situe Saint-Bishoy, abritait plus de 60 monastères dont seulement 4 sont encore en activité aujourd’hui.


 




Plus de 2400 moines peuplaient  ces îlots chrétiens perdus dans le désert égyptien en habitant soit dans les monastères soit dans des petits villages formés aux alentours. Même s’il ne reste aujourd’hui plus que 160 moines dont 35 dans des villages, la région témoigne tout de même d’une vie monastique dynamique.  On peut aisément comprendre que la vie des moines était très dure et c’est pour cela aussi qu’ils n’abritaient que des hommes, les sœurs se trouvant dans des monastères plus proches de la ville où la vie est plus facile, encore aujourd’hui. 

 






Nous continuons la visite en entrant dans une des chambres des moines, une pièce qui se veut la plus simple possible. Elle contient deux compartiments de 5m² chacun, la pièce du fond accueille un lit très sommaire et l’autre servait à prier, étudier… Aujourd’hui, les moines ne vivent plus dans ces chambres exiguës mais dans des appartements plus modernes avec l’eau et l’électricité courante, situés non loin du monastère.




 

 



Le moine nous demande de le suivre jusqu’à la prochaine pièce où se trouvait l’ancien pressoir en bois âgé de plusieurs siècles, utilisé jusque dans les années 60 et qui marche toujours (J’ai testé !). 


 

 






Nous montons ensuite des escaliers, passons sur un pont-levis en bois, construit pour protéger le monastère en cas d’invasion ennemie, chose plutôt fréquente à l’époque, notamment des Arabes venus conquérir l’Afrique du Nord. 

Nous accédons alors à une sorte de terrasse surplombant entièrement le monastère dont on peut voir les parties les plus anciennes mais aussi celles rajoutées plus récemment comme une grande église construite en 2000. La vue est magnifique et ce sanctuaire a vraiment quelque chose de spécial, une sorte de quiétude paisible mêlée à la beauté de ces constructions jaunes pâles et à l’atmosphère religieuse du lieu. Le monastère est construit toute en rondeur amenant une certaine douceur. Les coins des murs sont arrondis et on voit depuis cette terrasse de nombreux dômes circulaires, des grands pour les chapelles et des plus petits pour les chambres de moine. 

 

 

 

 



Sur cette terrasse, nous voyons émerger une troisième chapelle et après s’être rassasiés de ce panorama exceptionnel, nous allons la visiter. Elle est plus simple que les autres, ce qui n’enlève rien à son charme. Ses murs sont majoritairement nus, laissant apparaître la pierre brute et les ogives en brique rouge. 

Le monastère de Saint-Bishoy est un site qui m’a particulièrement plu par son charme traditionnel et son architecture et qui mérite largement le détour. Nous redescendons et remercions le moine avant de quitter le lieu pour continuer notre trajet en direction d’Alexandrie.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau