17.07.14 

Jour 4

Ce matin, nous partons visiter les sites aux alentours d’Urfa. Bientôt, il faut que nous quittions la route principale pour nous engager sur une route cabossée dont le revêtement de goudron n’a été refait depuis bien longtemps… La voiture de location n’étant pas un 4x4, on ne peut rouler très vite sur cette route creusée de nids de poule !
Les paysages qui se dévoilent devant nous sont de plus en plus arides et désertiques, vastes plateaux aux collines rocailleuses peu élevées s’étendant sur des centaines de kilomètres.  On aperçoit quelques villages aux habitations rudimentaires et de temps en temps, un berger, accompagné de son troupeau de mouton à la croupe colorée en orange, se fondant parfaitement dans les tons ocre de ces collines anatoliennes, et passant presque inaperçus. 

 

Göbelki Tepe

Nous arrivons au premier site que nous devons visiter, le Göbelki Tepe, ancien lieu de culte païen âgé d’un peu plus de 11 millénaires.
C’est assez surprenant d’arriver dans ce site perdu au milieu de nulle part et où, au départ, il semble qu’il n’y a rien à voir.

 

Il faut monter un petit chemin aménagé pour découvrir l’endroit des fouilles.  Un homme travaillant aux fouilles nous accompagne. Les fouilles ne durent que 4 mois par an, le reste du temps, il fait beaucoup trop chaud dans cette région. Comme la plupart des fouilleurs, l’homme qui nous accompagne  alterne entre son métier d’archéologue et de berger dans les plateaux anatoliens lorsqu’il fait trop chaud pour les fouilles….

Le site a été découvert par hasard, par un paysan qui était alors propriétaire du terrain où se trouve aujourd’hui le temple. Un jour, il découvrit le sommet d’un mégalithe au sommet d’une colline et peu après, les archéologues ont pu établir que le tumulus était d’origine artificielle. Le site a été découvert récemment, en 1995. C’est un archéologue allemand qui, depuis 1995, s’occupe principalement des fouilles, encore aujourd’hui. Malgré ses nombreuses années de travail, ce lieu de culte ne lui a pas encore révélé tous ses secrets…


Le guide qui nous accompagne est d’ailleurs le petit-fils de l’homme qui était auparavant propriétaire du terrain et qui a découvert par hasard le site… Aujourd’hui il travaille en coopération avec Schmidt, l’archéologue allemand.

Le mystérieux Göbekli Tepe …

Ce temple  fut construit vers 9 500 av.J-C, et constitue le plus ancien lieu de culte du monde pour l’instant connu…  Il a une forme circulaire et est fait de plusieurs anneaux de murs de pierre ou de mégalithes (qui signifie étymologiquement « grande pierre ») disposés en cercle.  La structure circulaire du temple a fait penser à un nombril lors de sa mise à jour, d’où le nom de Göbelki Tepe, qui signifie « la colline du nombril » en turc.
 

 

 

 

A Göbekli Tepe, il y aurait une vingtaine de temples circulaires de ce type mais seuls 6 sont en train d’être fouillés et un seul est visible pour le public.
 

Ces temples furent érigés par un peuple de chasseurs-cueilleurs, sûrement déjà sédentarisés mais qui n’habitait pas à côté des temples, ils vivaient bien plus loin, Göbelkli Tepe était seulement un lieu de culte, pas d’habitations. A l’époque de la construction, le climat n’était pas aussi aride mais plutôt verdoyant, ce qui permet mieux de s’imaginer pourquoi un peuple de chasseurs-cueilleurs avait décidé de s’installer à cet endroit.
 

Leur religion se basait sur des croyances en des esprits animaux et végétaux, se rapprochant du chamanisme.
On pense que les cérémonies se déroulaient ainsi : les hommes pénétraient dans le temple par une entrée délimitée par deux mégalithes puis s’asseyaient sur des banquettes disposées en cercle autour de la table de sacrifice centrale (cf schéma). Là, un ou plusieurs hommes procédaient à des sacrifices animaux.
Nous avançons à l’intérieur du temple, protégé par un toit. On distingue bien la structure circulaire du temple et on peut apercevoir les mégalithes où l’on distingue des gravures représentant de façon stylisée des animaux tels que des renards, des oiseaux, des sangliers ou des lions… 

Une des représentations les plus intéressantes est celle de l’homme mégalithe. Le mégalithe représente le corps de l’homme et sur chaque face, on peut voir un bras gravé. En dessous des bras a été dessiné une sorte de pagne, fait d’une ceinture servant à maintenir une peau de renard entière cachant le sexe.

 

C’est à Göbekli Tepe également qu’on a trouvé la première bière du monde, obtenue avec du blé fermenté ! Elle aurait sûrement été utilisée comme boisson au cours des rituels.

On se plait à imaginer ce qu’il se passait  il y a plus de 11 000 ans à cet endroit, des hommes assis sur des banquettes, en train de procéder aux sacrifices, enivrés par la bière. ... J’éprouve toujours une sensation étrange lorsque l’on se retrouve devant des vestiges de l’humanité naissante, si éloignée et pourtant si proche de nous…

Pleins de mystères restent encore irrésolus à Göbelki Tepe et suscitent de nombreuses interrogations
En effet, il y a 9000 ans, le site  a été volontairement recouvert de tonnes de pierre et de terre par le peuple-même qui l’avait construit. Ces hommes ont veillé à enterrer leur sanctuaire mais sans le détruire, comme s’ils avaient voulu le protéger… Pourquoi avoir soudainement enseveli ainsi son propre lieu de culte ? C’est un mystère auquel Schmidt n’a pas encore répondu…

Plus bas on peut apercevoir des vestiges qui nous permettent de découvrir les méthodes de construction à l’époque. 

Puits creusé

Puits en début de creusement

Technique de construction d’un puits

Pour construire un puits dans la roche, les hommes creusaient au silex, de petites trous circulaires, rapprochés les uns des autres. Une fois tous les petits trous creusés, on faisait éclater la pierre affaiblie avec un silex plus gros, puis on s’enfonçait ainsi peu à peu dans le sol. Ça devait être bien long !


Nous reprenons la route, dont l’état ne s’arrange pas et arrivons au village de de Soğmatar (ou Sumatar).

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